Débat sur la pertinence d’un nouveau mode de scrutin.

M. Leduc : Merci, M. le Président. Salutations à toutes les équipes qui accompagnent M. le ministre. Je veux parler, sans grande surprise, le ministre va être habitué avec moi maintenant, depuis quelques années, du mode de scrutin, de la réforme du mode scrutin qui n’a malheureusement pas eu lieu, mais je veux vous parler d’un exercice intéressant qui est fait par Qc125, le site Internet, une carte du Québec avec les différentes régions puis les projections électorales. Bien sûr, c’est un peu encore changé, c’est dans quelques mois, les élections, mais on vit une situation assez inusitée en ce moment où est-ce que les cinq partis principaux sont dans une fourchette de 10 % à 30 %, à peu près, là, à quelques points de pourcentage près, ce qui nous donne des régions avec des monopoles, des monopoles de représentation. 

Puis vous êtes peut-être un petit peu loin, mais il y a plusieurs régions, il y en a 10, si on exclut, bien sûr, Nord du Québec qui a une seule circonscription, là, mais il y a plusieurs régions qui ont un seul parti représenté, l’Abitibi, les Laurentides, le Saguenay, Lanaudière, la Mauricie, le Centre-du-Québec, le Bas-Saint-Laurent, Gaspésie, la Côte-Nord. Donc, c’est des projections, mais ça fait au total 10 régions québécoises qui ont un seul parti projeté au résultat du scrutin dans quelques mois. Je ne peux pas croire qu’on pense que ça sert bien la démocratie d’avoir autant de régions avec un seul parti représenté en projection électorale. Le but de la réforme du mode de scrutin, bien sûr, c’était d’alléger les distorsions, mais c’était aussi de faire de la pluralité régionale parce que ce n’est pas vrai que dans Lanaudière, ça a tout voté dans un seul parti. Puis ce n’est pas vrai que, dans le Centre-du-Québec, ça vote tout d’un seul parti. La pluralité, elle doit s’exprimer aussi par régions. 

Est-ce que vous, M. le ministre, vous considérez que le système actuellement sert bien les régions si ça produit, en théorie, jusqu’à 10, 10 régions avec un monopole de représentation?

Le Président (M. Bachand) :M. le ministre.

M. Roberge : Merci, M. le Président. Effectivement par surpris que mon collègue ramène ce sujet-là, mais, en même temps, c’est tout à fait correct, il a de la suite dans les idées. Souvent, on dit… des fois, il dit : Ah! Il y a une élection. Mais il n’y a pas une élection qui s’en vient l’automne prochain, il y a 125, peut-être même 127, élections qui auront lieu sur le territoire québécois. Après ça, si dans une région donnée, il y a 10 élections parce qu’il y a 10 circonscriptions, puis que dans chacune de… 

M. Roberge : …ces 10 circonscriptions là, les citoyens élisent un ou une députée d’un parti X, Y ou Z. Bien, c’est le choix de ces électeurs-là. Le système est imparfait, comme, je pense, tous les systèmes électoraux. Il a ses avantages, il a ses inconvénients. Certains proposent de le changer. Je pense qu’évidemment on changerait le mal de place, là, on aurait de nouveaux avantages, de nouveaux inconvénients…

Le Président (M. Bachand) : En terminant.

M. Roberge : …mais pour faire ce type de changement là, je pense qu’il faut être vraiment convaincus qu’il y a plus d’avantages que d’inconvénients, et je n’ai pas été convaincu. 

Le Président (M. Bachand) : M. le député d’Hochelaga-Maisonneuve.

M. Leduc : L’autre chose assez inusitée qu’on risque de vivre potentiellement dans les prochains mois, c’est à quel point un seul parti avec… bien… un parti qui ait un aussi bas pourcentage pourrait obtenir une majorité. Alors, on a un Parti québécois ici dans les projections, bien sûr, qui a la… avec seulement 31 %, donc, même pas un tiers des voix, pourrait se ramasser avec une majorité, 64 sièges. C’est quand même hallucinant, ça, M. le ministre. 

La distorsion, elle a rarement été aussi forte dans notre système électoral, avec 51 % des sièges, donc avec seulement 31 % des votes, c’est une distorsion de plus 20. C’est le parti qui obtient la plus haute distorsion. Après ça, tout le monde en a une certaine, distorsion, dépendamment de son classement. Bien, savez-vous quoi? L’autre partie qui a le plus haute… la plus haute distorsion, c’est le vôtre. Avec 15 % des votes, vous auriez 0 % des sièges, ce n’est pas normal, vous arriviez troisième dans les intentions de vote avec zéro siège, vous pourriez être rayés de la carte du Québec avec 15 % des suffrages exprimés au Québec, c’est quelque chose d’assez hallucinant. Ne pensez-vous pas, à défaut d’avoir le temps de la faire, la réforme pour le prochain scrutin, ça pourrait peut-être revenir dans votre plateforme électorale pour peut-être, si vous êtes pour disparaître en septembre prochain, vous donner une chance de revenir quatre ans plus tard?

Le Président (M. Bachand) : M. le ministre.

M. Roberge : M. le Président, mon collègue aime bien faire de la… La dernière fois que j’ai regardé… 125, je pense que c’était en 2016. Ce n’est pas des blagues, tout le monde m’en parle. Je ne prends pas mes décisions en fonction des sondages ou des prospections d’agrégateur de sondages. Ce n’est pas un sujet d’intérêt pour moi. Par contre, 50 %… 55 % des Québécois ont dit, lors d’un sondage, que le mode de scrutin actuel offre une bonne représentation face à la diversité des intérêts et des besoins des citoyens. Notre système est…

Le Président (M. Bachand) : En terminant.

M. Roberge : …mais celui que mon collègue propose, non plus. 

Lien au journal des débats. 19h10.

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